La Françafrique désigne le système de relations particulières entre la France et ses anciennes colonies africaines, caractérisé par des liens politiques, économiques et militaires privilégiés depuis les indépendances des années 1960. Ce concept, popularisé par François-Xavier Verschave dans les années 1990, décrit un réseau d’influence qui a longtemps structuré la politique africaine de Paris. Aujourd’hui, face aux transformations géopolitiques et aux critiques croissantes, la France repense sa stratégie continentale.
L’héritage historique de la Françafrique
Le système Françafrique trouve ses origines dans la décolonisation orchestrée par Charles de Gaulle et Jacques Foccart, son conseiller pour les affaires africaines. Les accords de coopération signés entre 1960 et 1961 avec quatorze pays africains établissent un cadre juridique privilégié. Le franc CFA, créé en 1945 et maintenu après les indépendances, devient l’un des piliers de ce système, concernant aujourd’hui plus de 180 millions d’Africains dans deux zones monétaires.
Les interventions militaires françaises illustrent cette relation particulière : 43 opérations ont été menées en Afrique depuis 1960, de l’intervention au Gabon en 1964 jusqu’à l’opération Serval au Mali en 2013. Ces interventions s’appuient sur un réseau de huit bases militaires permanentes et des accords de défense avec plusieurs États africains.
Les mutations contemporaines
Depuis 2017, Emmanuel Macron annonce une transformation des relations franco-africaines. Lors de son discours de Ouagadougou en novembre 2017, il déclare vouloir «inventer une relation nouvelle entre l’Europe et l’Afrique». Cette volonté se traduit par plusieurs initiatives concrètes.
La réforme du franc CFA constitue un enjeu majeur. En décembre 2019, Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara annoncent la transformation du franc CFA ouest-africain en ECO, supprimant l’obligation de dépôt de 50% des réserves au Trésor français. Cependant, cette réforme reste en suspens, notamment en raison des réticences du Nigeria.
Le retrait militaire s’accélère également. L’opération Barkhane, lancée en 2014 avec 5 100 soldats déployés au Sahel, prend fin en novembre 2022. La France ferme ses bases au Mali et au Burkina Faso après les coups d’État de 2020-2022, réduisant sa présence à environ 3 000 militaires dans la région.
Vers un nouveau paradigme
Le «nouveau modèle» français privilégie le multilatéralisme et le partenariat économique. Jean-Yves Le Drian, ancien ministre des Affaires étrangères, évoque une «relation d’égal à égal» basée sur trois piliers : sécurité collective, développement économique et coopération culturelle.
Les échanges commerciaux évoluent : si la France reste le deuxième investisseur européen en Afrique avec 12,1 milliards d’euros d’investissements directs en 2021, sa part de marché décline face à la concurrence chinoise et américaine. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique avec 254 milliards de dollars d’échanges en 2021.
Connexions avec d’autres enjeux géopolitiques
L’évolution de la Françafrique s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. La montée de l’influence chinoise via les Nouvelles Routes de la Soie, la présence croissante de la Russie avec le groupe Wagner, et l’émergence de puissances régionales comme le Nigeria et l’Afrique du Sud redéfinissent les équilibres continentaux. L’Union africaine, créée en 2001, et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), opérationnelle depuis 2021, témoignent de cette dynamique d’intégration régionale.
Perspectives et défis
La transformation des relations franco-africaines reflète l’évolution des attentes des sociétés civiles africaines et des nouvelles générations de dirigeants. Le «nouveau modèle» français, encore en construction, devra concilier les intérêts stratégiques de Paris avec les aspirations légitimes de souveraineté des États africains, dans un environnement international de plus en plus concurrentiel.
Questions fréquemment posées
Qu’est-ce que la Françafrique exactement ?
La Françafrique désigne le système de relations privilégiées entre la France et ses anciennes colonies africaines, caractérisé par des accords de coopération, l’utilisation du franc CFA, des interventions militaires et des liens politiques étroits maintenus depuis les indépendances des années 1960.
Pourquoi la France retire-t-elle ses troupes d’Afrique ?
Le retrait s’explique par plusieurs facteurs : l’hostilité croissante des populations locales, les coups d’État au Mali et au Burkina Faso, l’inefficacité relative des interventions militaires, et la volonté française de repenser sa stratégie africaine vers plus de multilatéralisme.
Que devient le franc CFA dans cette transition ?
Une réforme a été annoncée en 2019 pour transformer le franc CFA ouest-africain en ECO, supprimant l’obligation de dépôt de réserves au Trésor français. Cependant, cette réforme reste suspendue en raison de désaccords entre les pays de la région, notamment avec le Nigeria.
Quels pays remplacent l’influence française en Afrique ?
Principalement la Chine, devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique, la Russie avec ses sociétés militaires privées comme Wagner, mais aussi les États-Unis, la Turquie et les puissances régionales africaines qui affirment leur leadership.
Le nouveau modèle français en Afrique fonctionne-t-il ?
Il est encore trop tôt pour évaluer pleinement cette transition amorcée sous Macron. Les premiers résultats sont mitigés : retrait militaire accompli mais relations diplomatiques tendues avec certains pays, volonté de partenariat d’égal à égal mais concurrence internationale accrue.
